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Par Michèle Dessenne, vice-présidente du Pardem

13 juillet 2018

Cauchemard dete

Sans doute sous l’effet des températures d’été, voici qu’un terrible cauchemar me plongea dans la peau d’une européiste sincère. Effarée par ce qu’elle croyait être une vague nationale populaire généralisée, elle se lançait dans la lutte avec frénésie pour sauver l’Europe et ses vertus. Traumatisée par les images quasi pornographiques que diffusaient les médias, des hordes hurlant les hymnes nationaux, envahissant les rues et portant fièrement le drapeau de leur nation, il n’y avait plus le choix. Vite, des réformes radicales. C’est ainsi qu’elle lança un vibrant appel à tous ceux, qu’ils soient de droite ou de gauche, qui voulaient que cesse la propagande et les symboles nationaux. En voici le texte. N’oubliez pas que j’étais en pleine hallucination, au cas où vous pourriez en douter ne serait-ce que quelques instants.

 

 

 

Adresse aux Européistes de tous pays

« Face à la montée tricolore massive qui déferle il faut réagir, et vite. Le temps n’est plus aux atermoiements. L’Europe pourrait entrer dans une phase critique.

 

L’heure est grave. Des courants contraires remuent l’Union européenne entre accords de Schengen et, en même temps (comme dirait l’autre), reflux sur l’accueil des immigrés. Merkel, pourtant figure de proue de l’Union, privilégie ses intérêts nationaux. Ce n’est pas tolérable ! Macron, lui, semble lâcher du lest au gouvernement populiste italien. Et, last but not least, malgré tous nos efforts pour faire capoter le Brexit, les Britanniques résistent.

Pendant ce temps-là, le petit peuple, lui, se nourrit de jeux et s’habille aux couleurs de son drapeau national. Je vous le dis. C’est immoral.

Oh là là ! Oh, oh, dear, what a nightmare ! L’été s’ouvre au rythme d’une vague chargée de miasmes malodorants. Vous avez vu ? Les hymnes nationaux retentissent dans les stades russes. Des milliards de téléspectateurs assistent à ce spectacle pathétique. Des dizaines de millions d’Européens, rompus il est vrai au discours sur la concurrence et la compétitivité, agitent les drapeaux de leur nation, les accrochent aux fenêtres et sur leur voiture. Ils veulent mettre une pâtée aux équipes adverses. Les Européens de France ne parlent plus que de l’espoir de voir gagner l’équipe de France qui a flamboyé avec un 4-3 contre l’équipe d’Argentine en huitièmes de finale et a battu l’Uruguay en quarts. Un nouveau héros aux pieds et à la tête agiles est né : M’Bappé, un petit gars de Seine-Saint-Denis. La France joue collectif et gagne en demi-finale. C’est chaud !

J’hallucine ! Faute de pain frais le peuple s'empare des jeux pour exprimer sa fierté d’appartenir à la nation. Une nation non pas ethnique si l’on en juge par les couleurs et les noms des joueurs et de leurs supporters envoutés. Non. Plutôt un désir de partager du commun. Une sensation. Une émotion. Une fraternité nationale. Étrange réminiscence d’un temps pourtant révolu.

Heureusement, j’entends déjà les grincheux maugréer. Le foot est gangréné par le pognon, c’est un truc de beaufs, avinés de préférence. Les jeux sont faits pour enfumer le peuple, le détourner des questions cruciales. La politique, les élections, la lutte sociale, la « crise migratoire », les réformes pourries de Macron, celles qu’il a déjà mises en place et celles qu’il prépare contre la Sécu, les « aides sociales », les retraites… Attention, mes amis de l’Europe, pas sûr que cela suffise pour faire taire les ardeurs nationales. Si vous vous endormez sur vos certitudes, sans prendre la mesure de la vague, l’addition pourrait être salée. Soyez prudents. Méfiez-vous toujours des délires du peuple. Ça tourne vite au populisme. Car il semble bien que ce soit la France tout entière qui vibre, y compris ceux qui ont manifesté ou fait la grève depuis des mois. Ce sont les gens, de tous âges, de toutes classes sociales, des villes ou des campagnes, qui s’émeuvent et se passionnent pour la Coupe et arborent les couleurs du pays. Ils se massent dans les cafés et sur les places pour regarder les matches, en profitant au passage pour hurler des trucs bizarres ou même s’émouvoir au son de la Marseillaise. Pas une seule note de notre bel hymne européen ! Idem en famille, entre amis, au boulot. La France par-ci, la France par-là. Inquiétant, parce que cela laisse des traces. D’autant que les autres semblent plongés dans la même eau : les Argentins, les Japonais, les Colombiens, les Croates, les Portugais, les Belges, les Suédois, les Anglais, les Uruguayens ou encore les Russes (eux c’est pas étonnant)… Seul bémol : l’élimination de l’Allemagne, ex-championne du monde, dès le premier tour pour la première fois depuis 1938. Horreur et stupéfaction. La honte au front, l’équipe a été éreintée par la presse allemande… Et les mots dérapent vite. Jugez-en. France 24 a écrit : « La déroute de l’Allemagne, qui a brisé le rêve de tant de nations dans l’histoire de la Coupe du monde, a réjoui la presse internationale qui n'avait pas de mots assez durs pour se moquer de la Mannschaft, éliminée dès le premier tour. » Et les journaux anglais n’ont pas hésité à faire référence à la Deuxième Guerre mondiale et à se féliciter du Brexit… Un journal argentin résumait « Le mythe allemand est fini. Personne n'est intouchable ou imbattable ».

Ce ne sont évidemment que des esprits chagrins et tordus qui feraient un lien entre le foot et une germanophobie rageuse. Qui y verrait une envie d’en découdre avec le pays phare de l’Union européenne serait malavisé. Mais sait-on jamais ? Le peuple peut être si incontrôlable parfois. Et si l’épidémie s’étendait au-delà des jeux ? Aïe !

 

Bref, je vous le disais plus haut : ça craint les amis.

Car la série continue. La Coupe pas encore attribuée, voici que s’annoncent les festivités célébrant le 14 juillet sur une de nos terres d’Europe ! Bing ! Ça tombe mal. La Fête nationale française dont le symbole réactive, bien au-delà des frontières, les esprits du passé. Miséricorde ! Vous le savez, amis de l’Union européenne, la Révolution française en a inspiré d’autres et continue d’être une référence pour les peuples opprimés, avides de liberté et d’égalité et de fraternité. Profusion d’images et cocorico. L’armée défilera sur les Champs-Élysées. Le président des riches mettra ses habits de président de la France, mais espérons qu’il osera quand même une référence passionnée à l’Union européenne. Mais, malgré tous ses efforts pour atténuer le mal, les drapeaux vont se déployer une fois encore. Des milliers de personnes seront massées le long du cortège. L’événement sera suivi à la télé, dès le matin. Les feux d’artifice embraseront le ciel. Villes et villages seront illuminés. Les gamins feront exploser des pétards. Puis les concerts et les bals occuperont les places. On évoquera alors, avec émotion, l’attentat terroriste du 14 juillet 2016 à Nice et des victimes qui y ont péri. De la détermination du peuple français à ne pas plier devant la violence et son farouche attachement à la liberté et à ses valeurs. Hum… Faut faire gaffe.

Entre deux, le Tour de France (heureusement que les équipes sont désormais nommées par le nom des bonnes multinationales qui les sponsorisent) a pris son envol sur les routes où seront massées des populations enthousiastes. Et vlan ! Encore des drapeaux. Des télés. Des reportages. Des images de la France, plus belle et plus désirable que jamais. Pendant trois semaines avec une arrivée aux Champs-Élysées, avenue mythique qui, entre-temps, a été envahie par des hordes hystériques chantant la Marseillaise lors de la qualification de la France pour la finale et le sera encore si « la France » remporte la finale. Déjà que Macron est allé en Russie pour la demi-finale au lieu de boycotter… Croisons les doigts pour qu’une défaite lors de la finale fasse cesser ces images pornographiques qui risquent d’imprimer de vilaines pensées dans la tête des plus jeunes.

 

Stop ! Il est crucial de circonscrire cet engouement tricolore au temps des jeux

Amis du monde, citoyens éclairés, ONG avisées, pro-européens convaincus, parlementaires européens, chefs d’entreprise, Confédération européenne des syndicats, partis politiques résolument engagés pour la construction européenne, mondialistes et altermondialistes, nous vous enjoignons de prendre vos responsabilités. Unissez-vous ! Mettez-vous en ordre de marche pour endiguer ces manifestations exaltant les nations. Elles portent le vice. Éclairez le peuple ! Prenez l’initiative ! Organisez la suppression des fêtes nationales, au moins dans les pays de l’Union européenne (ailleurs ils font encore un peu ce qu’ils veulent) ! Remplacez le jour férié national par le 9 mai où, ensemble, le peuple européen célébrera son union ! Faites disparaître les drapeaux des 27 pays dont les couleurs discordantes gâchent la pureté des étoiles jaunes sur le bleu marial de celui de notre Europe, tant chérie ! Non, il n’est plus possible de laisser faire ces peuples qui votent si mal, quand ils votent, qui brisent les rêves et les valeurs d’une Europe de la paix et de la fraternité, ouverte sur le monde.

Et puis n’hésitez pas. Tapez fort, et d’abord en France ! Organisez un vaste mouvement pour rebaptiser la place de la Nation, celle de la République, de la Bastille ! Ces symboles du passé n’ont pas de place dans le vaste paysage européen. Ils polluent les cerveaux, font perdurer des mémoires douteuses : celles de la souveraineté, de la nation, de la révolution. Faites-le pour que nous puissions défiler tous ensemble de la place de l’Europe, être debout place du Traité de Lisbonne, nous regrouper place du Libre-échange (c’est beau comme nom libre et échange, ça s’accorde bien) ! Construisons un avenir mémoriel résolument mondialiste (alter ou pas, chacun y trouvera sa place) !

Pour le foot, vous pourriez aussi faire un petit quelque chose, comme pour les Jeux olympiques. Osez ! Osez ! C’est pour le bien du peuple. Pourquoi pas une belle équipe européenne, au maillot bleu et jaune ? Allez, passez à l’attaque ! Ne restez pas en défense. Ou alors pourquoi ne pas constituer des équipes par marques comme c’est déjà le cas pour les stades : Groupama Stadium à Décines-Charpieu (Lyon), MMA Arena du Mans, Allianz Riviera à Nice, Matmut Atlantique... Voilà qui mettrait en lumière la grandeur de nos valeurs et éviterait des identifications nationales, toujours sujettes à dérapage idéologique.

À vous de jouer, Mesdames, Messieurs, les européistes. Gardez le cap ! Ne vous laissez pas dériver ! Affrontez la houle et les vents mauvais ! Il en va de la construction d’un monde nouveau, résolument débarrassé des médiocres égoïsmes nationaux.

On vous fait confiance pour agir, comme à votre habitude, sans faiblir, pour vaincre les piètres sentiments patriotiques d’un peuple ignorant de ses véritables intérêts portés avec tant de brio par l’Union européenne, conçue, réalisée pour lui, pour la paix et la solidarité. Un peuple ingrat qui renâcle à participer à la liesse des élections européennes et qui convole en adultères nationaux.

Allez au bout de vos convictions ! Portez vos couleurs ! Réformez, réformez, tous unis ! D’autant qu’avec le Brexit vous serez débarrassés des Anglais, ces traitres à l’Union. Confiez d’abord la tâche à la Commission européenne ! Faites voter le Parlement, toujours prêt à adopter, sans amendement (car il n’a pas la faculté d’en proposer), les textes qui lui sont soumis démocratiquement ! Et hop ! Pour la ratification par les parlements nationaux pas la peine de vous biler. C’est pas obligatoire.

N’oubliez pas que vous agissez pour le bien de tous, au-dessus des lois nationales. Ah quelle belle idée vous eûtes de mettre au monde le Traité de Lisbonne ! Même les plus rétifs l’ont adopté. Il fait désormais partie de la famille et rares sont les infâmes qui veulent l’abandonner.

Mais je vous en conjure, dépêchez-vous ! Car le peuple est inconstant. Parfois il marque un but quand on ne s’y attend plus !

On vous attend ! »

Vous l’aurez sans doute compris, ce cauchemar, qui m’avait métamorphosée en européiste de choc, avait gravement affecté mes facultés mentales. Il me fallut quelques hymnes nationaux, la vue de drapeaux français aux fenêtres et la relecture attentive du programme du Pardem pour retrouver ma liberté de pensée et mes véritables convictions : souveraineté nationale et populaire, internationalisme, liberté, égalité, fraternité, justice sociale, droit opposable à l’emploi, services publics, nationalisations, programme du Conseil national de la Résistance, sortie de l’UE, de l’euro et l’Otan.

http://www.pardem.org/programme/programme-complet-du-pardem

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Liste des participants qui ont commenté cet article

  • Invité - F.Vannier

    Le cauchemar de l'été ... excellent texte ! oui, les Nations existent bien dans cette coupe du Monde de football.
    Pourtant la FIFA n'est pas une organisation à but non lucratif. Les drapeaux et couleurs existent toujours.
    Grâce à l'Union Européenne la guerre n'a jamais était aussi intense et dramatique. Vivement, la Coupe de l'Europe des Nations en 2020.
    Et si la prochaine coupe du monde se faisait sans l'existence de l'Union Européenne.

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